Delegates attend the 2026 One Health Summit in Lyon, France, discussing disease surveillance, antimicrobial resistance, climate-related health risks and global health security.
LAGOS, Nigeria – La prochaine pandémie pourrait ne pas commencer dans une salle d’hôpital. Elle pourrait émerger d’une communauté agricole inondée, d’un marché à bétail, d’une forêt en régression ou d’une infection résistante aux antibiotiques se propageant silencieusement dans un village rural. Cette réalité préoccupante a dominé les discussions du Sommet One Health (Une Seule Santé) 2026 à Lyon, en France, où dirigeants mondiaux, scientifiques et décideurs politiques se sont réunis pour examiner les liens croissants entre la santé humaine, la santé animale, les systèmes alimentaires et les changements environnementaux.
Pour le Nigeria, un pays confronté à des épidémies récurrentes, aux catastrophes liées au climat, à l’insécurité alimentaire et à un système de santé fragile, ce sommet représentait à la fois une opportunité et un avertissement. Dans ce reportage, Korede Abdullah analyse si les engagements ambitieux, les réformes et les partenariats présentés à Lyon peuvent aider le Nigeria à renforcer sa sécurité sanitaire, ou si les défis persistants liés au financement, à la coordination et à la mise en œuvre continueront d’entraver les progrès.
Un sommet marqué par les menaces sanitaires mondiales
Organisé du 5 au 7 avril sous la présidence française du G7 et coprésidé par la France et le Ghana, le Sommet One Health a figuré parmi les plus importantes rencontres mondiales consacrées à la santé en 2026.
Coïncidant avec la Journée mondiale de la santé, l’événement a réuni chefs d’État, ministres, scientifiques, partenaires au développement, organisations de la société civile et représentants de la jeunesse dans un contexte de préoccupations croissantes concernant les maladies infectieuses émergentes, la résistance aux antimicrobiens (RAM), la perte de biodiversité et les menaces sanitaires liées au changement climatique.
Les participants ont convenu que les approches traditionnelles de santé publique ne suffisent plus. Les flambées épidémiques sont de plus en plus liées à la dégradation de l’environnement, l’insécurité alimentaire est aggravée par les changements climatiques, tandis que les infections résistantes aux médicaments sont alimentées par l’usage abusif des antibiotiques chez l’homme comme chez l’animal.
Le message du sommet était clair : la santé, l’agriculture, l’environnement et les systèmes alimentaires ne peuvent plus être traités comme des domaines politiques distincts.
Pourquoi l’approche Une Seule Santé est essentielle
Le concept « Une Seule Santé » a gagné en importance après la pandémie de COVID-19, qui a révélé les faiblesses de la préparation mondiale et mis en évidence l’interdépendance entre la santé humaine, animale et environnementale.
Les experts réunis à Lyon ont rappelé qu’environ 75 % des maladies infectieuses émergentes proviennent des animaux. D’Ebola à la fièvre de Lassa, en passant par la grippe aviaire et le COVID-19, les récentes épidémies ont démontré avec quelle rapidité les maladies peuvent franchir les barrières entre espèces et traverser les frontières.
Les délégués ont insisté sur le fait que prévenir les épidémies coûte beaucoup moins cher que répondre à des urgences sanitaires de grande ampleur. Les investissements dans la surveillance des maladies, les réseaux de laboratoires, le suivi environnemental et la recherche scientifique ont été présentés non comme des dépenses facultatives, mais comme des garanties essentielles contre les crises futures.
Pour des pays en développement comme le Nigeria, le passage d’une logique de réaction à une logique de prévention pourrait s’avérer transformateur.
Le défi du Nigeria: transformer les engagements en actions
Si les engagements pris à Lyon sont ambitieux, les experts préviennent que leur mise en œuvre demeure le principal défi du Nigeria.
Les gouvernements successifs ont lancé plusieurs réformes visant à renforcer les soins de santé primaires, améliorer la surveillance des maladies et étendre la couverture sanitaire universelle. Pourtant, nombre de ces programmes ont été freinés par un financement insuffisant, une coordination limitée, des ruptures dans la continuité des politiques publiques et des problèmes de gouvernance.
Une question essentielle se pose donc : qu’est-ce qui distingue réellement les promesses formulées à Lyon des engagements passés ?
Selon plusieurs analystes en santé publique, le problème du Nigeria ne réside pas dans l’absence de politiques, mais dans l’écart persistant entre leur conception et leur exécution.
Cette préoccupation intervient alors que de nombreux pays en développement font face à des pressions économiques, à des priorités budgétaires concurrentes et à l’incertitude entourant le financement international du développement.
Bien que le Nigeria ait augmenté ses dépenses de santé ces dernières années, les experts soulignent qu’elles demeurent inférieures à l’objectif de 15 % fixé par la Déclaration d’Abuja, à travers laquelle les dirigeants africains s’étaient engagés à consacrer une part significative de leurs budgets nationaux au secteur de la santé.
Pour de nombreux observateurs, le sommet de Lyon ne constitue donc pas simplement une occasion d’annoncer de nouveaux engagements. Il représente un test de la volonté des gouvernements d’investir durablement, sur les plans politique et financier, dans la prévention avant que ne survienne la prochaine crise sanitaire.
Comme l’a résumé un analyste des politiques de santé publique:
Le véritable indicateur de réussite ne sera pas le nombre de déclarations signées. Ce sera la capacité des pays à construire des systèmes capables de prévenir les épidémies avant qu’elles ne deviennent des urgences.
Lire également en anglais
Les lecteurs anglophones peuvent consulter la version originale de ce reportage: From Lyon to Lagos: Can One Health Stop Africa’s Next Pandemic?
